CAPUCINE VEVER

FIUME ROSSO, 2019
© Capucine Vever



Par un détournement de la représentation archétypale des dunes de sable de la Costa Verde, la photographie Fiume Rosso réalisée à l'embouchure du Rio Piscinas-IrvÌ (au sud-ouest de la Sardaigne) entend révéler le rapport paradoxal que l'homme entretient avec son histoire et son environnement.

Les sardes ont coutume de l'appeler le fleuve rouge (fiume rosso). Sur des kilomètres de l'arrière-pays jusqu'à la Méditerranée, l'eau traverse les majestueuses dunes de sable de la Costa Verde formées à l'époque du quaternaire et déploie dans sa course un dégradé fascinant de couleur allant du blanc-lait au rouge-rouille. L'ancienne mine d'Ingurtosu est située juste au dessus. La magie du passé et des couleurs opère, le site est classé Géoparc d'exception à l'UNESCO depuis 1997.
La rivière puise pourtant son fascinant dégradé de couleur dans les kilomètres de galeries souterraines de l'ancienne mine et refait surface chargée en métaux lourds, cadmium, plomb, arsenic, zinc et nickel. Dans une logique de valorisation du territoire, il apparaît plus important d'ériger d'anciens sites industriels en patrimoine archéologique de l'UNESCO plutôt que de mettre en place des dispositifs d'alertes suffisant et des procédures de décontamination nécessaire à la sauvegarde du patrimoine naturel collectif.

La photographie Fiume Rosso reprend les attributs iconographiques du paysage paradisiaque. Les dunes de Piscinas sont capturées au lever du jour, désertes des milliers de baigneurs et de touristes qu'elles accueillent quotidiennement. La nature s'éveille, la lumière est douce et l'eau du fleuve est si calme qu'elle reflète le paysage. L'inscription sur le sable La miniera respira ancora? (La mine respire-t-elle encore?) est à l'échelle de l'image et non du paysage, écrite pour l'angle de vue de l'objectif. Le temps du cliché, cette photographie révèle une lecture faussée du paysage. Le terme respirer renvoie tout autant aux mineurs qui ont travaillés dans cette mine qu'à une forme de vie qui s'opère dans le présent. Malgré l'arrêt de l'extraction il y a 50 ans, la mine est encore en activité puisqu'elle rejette des métaux lourds par ses galeries souterraines.





FIUME ROSSO

2019

Photographie : 153 x 89 cm

Encres pigmentaires Ultrachrome Pro sur papier mat Ultrasmooth, contre-collage sur dibond, cadre chêne brut et verre musée.


Réalisée lors de la résidence Contemporary - Festival Arte d'Avanguardia, Sardaigne, sur une invitation de Maurizio Coccia, critique d'art et commissaire d'exposition, et Roberto Follesa, artiste.